Les oubliés du très haut débit !

25 01 2010

En juin 2006, alors que la plupart des Lozériens étaient encore en bas débit (certains, dont je suis, le sont encore aujourd’hui ), nous alertions déjà nos concitoyens sur la nécessité à terme non plus du haut débit mais du très haut débit …tout en ajoutant que les règles de la concurrence sur les infrastructures n’étaient pas adaptées à un territoire « hors concurrence comme la Lozère. Un an plus tard, nous « enfoncions les clou » dans un article intitulé « Les oubliés du très haut débit ! »

Quatre ans plus tard, au vu des dernières déclarations et décisions gouvernementales en faveur du très haut débit il nous a paru utile de faire le point et de vérifier si les ruraux étaient encore « Les oubliés du très haut débit » ?

En quatre  ans beaucoup de choses ont changé, particulièrement depuis la crise : création d’un secrétariat d’Etat à l’économie numérique, loi de modernisation de l’économie, France numérique 2012, loi sur la fracture numérique, etc….et, tout récemment, déclarations gouvernementales au plus haut niveau en faveur du très haut débit …y compris dans la ruralité. Dés le 1er octobre 2009, lors des assises du numérique, Michel Mercier, ministre de l’aménagement du territoire et de l’espace rural, déclarait « la fibre optique va remplacer le cuivre… une vraie révolution qui ne fait que commencer…Exigence d’équité territoriale… la couverture numérique fixe et mobile est vitale… on sait avec certitude qu’on aura besoin de fibre optique… le maillage des territoires en fibre optique est à mes yeux un impératif… j’ai soutenu le principe d’une solidarité nationale… je fais du très haut débit la priorité … etc… » Quelques mois plus tard , à propos des travaux ders assises des territoires ruraux il confirmait : « Dans de nombreux territoires les habitants réclament un accès au très haut débit. Un vrai très haut débit. C’est un des enjeux majeurs du développement rural… »

La question n’est plus de savoir si le gouvernement est décidé à doter la France de très haut débit, y compris dans les campagnes, la réponse est OUI !

La vraie question est donc, pour nous ruraux, de savoir si nous aurons dans les campagnes un « vrai »très haut débit, un très haut débit aussi performant et aussi financièrement accessible qu’en ville ? En l’état actuel des (non) décisions en cours, la réponse est également claire, c’est NON !

Pourtant les choses paraissaient bien engagées. Le président de la république lui même avait fixé le cap en déclarant :« Le déploiement du très haut débit en France correspond dans la majeure partie du pays au remplacement du réseau téléphonique en cuivre par de la fibre optique. C’est un investissement national majeur….. » Plus récemment, après les déclarations du premier ministre du 18 janvier on pouvait lire dans la presse spécialisée « le gouvernement vient de donner le véritable « top départ » du déploiement de la fibre optique dans notre pays »

La course au très haut débit est donc lancée. On ne peut que s’en réjouir. Mais, pour les ruraux, ce sera une course à handicap et les obstacles seront nombreux et de tous ordres tant dans les « tètes » que dans les faits :

dans les « tètes » !

Au niveau national :

-on laisse entendre que le satellite pourrait remplacer la fibre optique comme si toutes les infrastructures se valaient et comme si les ruraux devaient à jamais renoncer à ce que leurs enfants bénéficient des deux réseaux de télécommunications de demain : un réseau principal fixe en fibre optique et un réseau complémentaire pour la mobilité ! Malgré les promesses d’investissements massifs sur le satellite ce support ne sera jamais aussi performant que la fibre. Qui plus est, n’envisager que du satellite pour certaines zones condamne à terme ses habitants à ne plus avoir de réseau fixe de communication lorsque le réseau cuivre aura disparu.

-On entend aussi souvent « pensons d’abord services avant de penser infrastructures ». C’est ici l’éternel dilemme de la poule et de l’œuf !. La bonne réponse est …de commencer par les deux ! L’importance et la qualité du « contenu » (les services) dépend bien évidemment du bon dimensionnement des « tuyaux »(les infrastructures). Quand on sait que l’infrastructure est porteuse de valeur ajoutée l’hésitation n’est plus permise si l’on veut avoir un jour les mêmes services partout . L’accès aux services dépend de la concurrence, la « vraie » celle sur les services ; cette concurrence ne pourra s’exercer que si tout le territoire est couvert d’infrastructures de très haut débit neutres et donc ouvertes équitablement à tous les opérateurs de services. . Le gouvernement a d’ailleurs bien compris que les deux étaient liés puisqu’il consacre une partie de l’emprunt aux infrastructures et une partie aux usages !

-Au niveau local

On entend les élus locaux dire trop souvent : « Les internautes en bas débit attendent aujourd’hui du haut débit. Soyons réalistes, occupons nous d’abord du haut débit, nous nous occuperons ensuite de très haut débit ».Cette opinion est trompeuse. Avec les solutions de montée en débit préconisées par l’Arcep on peut très bien prendre en compte les besoins actuels des ruraux dont le fameux triple play (intenet + téléphone+ télévision) tout en s’inscrivant dans une démarche de très haut débit . Ce faisant , en investissant sur des infrastructures pérennes, on ne gache pas l’argent du contibuable. Quant à l’affirmation « soyons réalistes » apparemment de bon sens mais en réalité trompeuse elle n’a pas son pareil pour tuer dans l’œuf toute idée innovante !

-dans les «faits »

Si des décisions de création de réseaux de fibre optique ont bien été prises pour les zones 1 (zones denses) et zones 2 (zones moyennement denses) où seront lancés prochainement des appels à projets rien de concret n’est envisagé pour les zones rurales (zones 3). Quant à la Lozère, zone « très rurale » qui mériterait une classification en zone 4 ( ?) elle devra attendre un projet très haut débit de la collectivité territoriale pour espérer des financements publics . Cette attente risque d’être très longue quand on sait que le budget global du département est de 110 millions d’euros ! Comment, avec tel un budget la Lozère pourrait-elle cofinancer un programme sérieux de très haut débit pour tous les Lozériens ? Pourtant Dieu sait si un tel territoire pourrait être attractif pour certains travailleurs de l’économie de la connaissance, citadins « en mal de campagne » recherchant une autre qualité de vie qu’ils pourraient trouver chez nous s’ils avaient accès, dans les mêmes conditions qu’en ville à la « matière première » de leur activité (l’information)aujourd’hui potentiellement disponible jusque dans le plus petit village !

En l’état actuel des choses donc, les ruraux sont toujours, comme nous le pressentions « Les oubliés du très haut débit ! »

Que faire concrètement ?

1-Etre clair sur ce que nous voulons :

On essaie souvent d’embrouiller des choses simples. Ce que veulent les ruraux c’est d’être des citoyens à part entière. Ils savent que s’ils veulent un jour avoir droit aux mêmes informations que les citadins, une nécessité démocratique à nos yeux, ils doivent pouvoir bénéficier, à terme, des mêmes infrastructures. Le choix de l’infrastructure est un choix fondamental.

La fibre optique est aujourd’hui unanimement reconnue comme le support structurant de toute la chaîne du réseau Internet de demain : réseaux internationaux ►réseaux nationaux►dorsales régionales►liaisons dorsales/NRA (Noeus de raccordement des abonnés ou centraux téléphoniques) ►liaisons NRA / sous répartiteurs (armoires de quartier) ►liaisons sous répartiteurs/abonnés.

La prise optique à l’abonné, dite FTTH ou « Fiber To The Home », offrira bientôt à chaque citoyen « rentable » du « vrai » très haut débit . Mais, avant d’arriver chez chaque Français le FTTH prendra un certain temps, raison pour laquelle, en étant « réalistes » les ruraux ne sont demandeurs, dans un premier temps, que de FTTH rural ou « Fiber To The Hameau », c’est à dire le fibrage d’armoires de quartier (sous répartiteurs) de nos villages . Ce FFTH rural, moins performant que le FTTH « des villes », prendrait néanmoins en compte les besoins actuels des ruraux dont le fameux triple play (intenet+ téléphone+ télévision) tout en s’inscrivant dans une démarche de montée en débit vers le très haut débit .

2- Demander à nos décideurs de prendre des mesures courageuses :

-au niveau national de voter les mesures pour alimenter le fonds numérique national créé par la loi Pintat mais que nos parlementaires ont « oublié » de financer ! Le grand emprunt sera loin d’etre suffisant. Nous avons défendu à maintes reprises un « Facé des télécoms » . Tant que nos parlementaires n’auront pas voté une vraie loi instituant une péréquation nationale le trés haut débit pour tous, comme l’écrivait récemment Cécile Ducourtieux dans le Monde, restera « virtuel » !

-au niveau local de bien veiller à ce que les plans haut débit en cours de réalisation s’inscrivent bien dans une démarche de montée en débit vers le très haut débit !

En conclusion, comme nous ne cessons de le dire, nous risquons à l’avenir de parler non plus de « fracture numérique » mais de « gouffre numérique » Sauf Si ????

Sauf si l’on considère que le très haut débit est un atout majeur d’une vraie démarche de développement durable et d’aménagement du territoire et si les parlementaires votent enfin une vraie loi de « solidarité numérique nationale » pour exploiter cet atout .

Sans une décision politique courageuse les ruraux resteront encore et pour très longtemps les « oubliés du très haut débit » !

Pierre Ygrié

25 janvier 2010

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15 responses

26 01 2010
Bernard GARRIGUES

Je vois l’affaire comme cela :

1/ Les élus, surtout des départements ruraux, non pas la compétence technique et logique afin de monter des dossiers tics qui tiennent la route.
2/ Il existe une vraie peur et un vrai mépris des élus pour ces techniques qu’ils ne comprennent pas et dont la concurrence leur paraît redoutable.
3/ Les petites collectivités locales n’ont pas non plus les compétences et les moyens de recruter et diriger des conseillers techniques de niveau suffisant afin de concevoir et monter les dossiers cohérents avec les directives politiques données. De plus les techniciens qui sortent actuellement des filières de formation ad hoc sont formatés (en général) afin d’organiser la démarche tic, version plan d’affaire. Les collectivités locales périphériques sont (en général) sur une logique de meilleure gestion des biens communs, par la force des choses.
4/ La possibilité pour un syndicat départemental de monter très rapidement un projet à partir de la donne actuelle explicitée par la loi Pintat, l’appel à projet de l’ARCEP et celui de l’union européenne, par les déclarations du président de la République et le discours du 1er ministre à Vélizy est proche de 0.
5/ Enfin, l’option offerte par le discours de Vélizy d’établir a priori un projet cohérent en matière de tuyau et de contenu met en concurrence directe sur l’enveloppe grand emprunt les collectivités territoriales et les fournisseurs d’accès alors que les conditions d’une concurrence libre et non faussée ne sont pas remplies. Il existe évidemment une voie royale afin de résoudre cette contradiction qui serait que le syndicat départemental présente un projet portant à la fois sur les tuyaux nécessaires et le nuage local.

26 01 2010
Bernard GARRIGUES

Réflexion faite, des boites comme China Télécom ou Google (surtout) sont capable de rafler la mise de 2,5 milliards d’€ consacré aux contenus. Il ne doit pas falloir plus de 3 jours à google afin de mettre en nuage toute la ressource internet de la Lozère, d’obtenir une prise à 100 M/s de FT pour un serveur local pas spécialement monstrueux, de palucher les sites du département et de la préf afin de les rendre un peu moins imbaisables avec un moteur de recherche efficace.

Ce serait très rigolo si Google faisait cela mais encore plus si c’était China Télécom.

27 01 2010
Bernard GARRIGUES

Le département de la Lozère n’est aussi dépourvu de ressources que cela. En 2007 ;

excédent de fonctionnement : 13,4 Millions d’€
excédent d’investissement : 4,9 Millions d’€

Le département est régulièrement accroché par la Chambre Régionale des Comptes pour avoir des taux de réalisation des investissements budgétés au dessous de toutes logiques.

Il devrait multiplier par 25 ses emprunts pour être dans la moyenne nationale. Ses excédents 2007 permettraient de financer un backbone FO d’environ 2 000 km, de dégrouper l’ensemble des RNA, etc …

27 01 2010
niko12

La lozère avance:
http://aveyronadsl.free.fr/phpBB2/viewforum.php?f=18

L’info est lisible qu’aux personnes inscritent sur le forum AveyronADSL

15 02 2010
Lettre ouverte aux candidates et aux candidats aux élections régionales du Languedoc « Les webs du Gévaudan

[…]  » gouffre numérique »  . Ils ne veulent  pas être  les « oubliés du trés haut débit » !   La Lozère a d’autant plus besoin d’un véritable plan Orsec qu’elle souhaite devenir […]

28 03 2010
Internet solidaire ? « Les webs du Gévaudan

[…] numérique aujourd’hui et dont les habitants seront  les oubliés du très haut débit  demain si nous ne faisons rien, la Lozère , avec un plan Orsec , peut nourrir l’ambition […]

8 04 2010
Expérimentons la solution « déport de signal » en Lozère ! « Les webs du Gévaudan

[…] numérique aujourd’hui et dont les habitants seront  les oubliés du très haut débit  demain si nous ne faisons rien, la Lozère possède tous les ingrédients pour que soient […]

18 09 2010
D.BOISSONNADE

Un petit pas en avant!
BRAVO à tous ceux qui se battent et combattent pour une meilleure communication !

15 12 2010
Très haut débit : un Réseau Unique pour libérer la (vraie) concurrence ? « Les webs du Gévaudan

[…] Depuis des années nous ne cessons de dire que la seule vraie concurrence est celle sur les services Dés juin 2006 , dans un article intitulé « les 3 I du très haut débit » (Indispensable Impossible Innovation nécessaire)  nous pointions l’impossibilité pour les zones rurales de bénéficier du vrai très haut débit sans trouver des solutions originales de partenariat pour construire un réseau unique….avec France Télécom disions nous à l’époque . Si les choses ont évolué, en particulier dans le positionnement de l’opérateur historique, la conviction de « réseau unique » reste inébranlable ! Le président de l’autorité de la concurrence lui même, qui était naguère opposé à la séparation fonctionnelle entre réseau et services n’écarte plus cette solution si elle « s’avère être le seul instrument à même de garantir une concurrence effective»( Source EuroTMT). Pour les zones rurales la question ne se pose même pas tant il est avéré que c’est « le seul instrument à même de garantir une concurrence effective » ! Avec les enseignements du site pilote que nous avons la chance d’avoir obtenu nous espérons pouvoir poursuivre le « combat » en renouvelant nos « vieilles » demandes de dispositions spécifiques pour les territoires ruraux .  […]

28 12 2011
Bonne année « numérique »solidaire ! « Les webs du Gévaudan

[…] les réseaux actuels vont exploser ! si les ruraux ne veulent pas être les premières victimes   de cette explosion il est urgent de changer de […]

24 03 2012
Le changement (numérique) c’est maintenant…pour une France (numérique) forte ! « Les webs du Gévaudan

[…] sur les infrastructures n’étaient pas adaptées https://websdugevaudan.wordpress.com/2010/01/25/les-oublies-du-tres-haut-debit/à un territoire « hors concurrence » comme la Lozère. Un an plus tard, en juillet 2007, nous « […]

17 09 2013
Très haut débit : le mouvement est engagé dans les territoires ruraux | Les webs du Gévaudan

[…] Les oubliés du très haut débit ! 2010 […]

9 11 2014
Lozériens, c’est le moment de «bouger » ! | Les webs du Gévaudan

[…] Les oubliés du très haut débit ! […]

18 12 2014
Bonne année numérique ! | Les webs du Gévaudan

[…] l’écrivais déjà il y a 5 ans  ! Depuis le plan France très haut débit a certes permis de lancer de façon significative le […]

18 02 2016
Le réseau cuivre est(presque…)mort ! Vive la fibre ! | Les webs du Gévaudan

[…] moyens leur permettent de faire la fibre n’atteindra jamais tous les villages ou hameaux . Les oubliés de la fibre dont il était question dans un article de janvier 2010 seront très nombreux 10 ans plus tard ( […]

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