Ce DEBIT, on vous le sert comment : bas ? haut ? très haut ?

8 02 2010

 

 Avec Internet on entend souvent parler de débits, d’Octets, de Bits affublés de Kilos (mille), de Mégas (million), et voilà même le Giga (milliard) qui se profile à l’horizon. Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer ce qu’est un Kilo-gramme. En effet, il est facile de comprendre que plus un poids est important plus il sera difficile à porter. Maintenant, remplaçons les grammes par des litres. Il est évident que pour remplir une piscine plus le tuyau est gros, plus vite elle sera remplie. Encore faut-il qu’il y ait suffisamment d’eau au départ !

Alors, équipé de votre dernier petit bijou d’appareil photo « numérique » pourvu d’un capteur avec des « Méga-pixels », lorsque vous voulez envoyer quelques photos souvenirs aux cousins et que « ça rame », c’est tout simplement que votre tuyau est trop petit pour envoyer autant de pixels ! Pourtant votre ami qui habite en centre ville, lui, ne rencontre pas ce problème … Et oui, plus on est proche du « Central Téléphonique » plus ça va vite. Pourquoi ? Tout simplement parce que votre « tuyau » est en cuivre, et que la force nécessaire pour transporter vos « Méga-pixels » génère des pertes d’énergie qui augmentent avec la distance. Mais vous savez aussi qu’il y a pire ! Au village d’à côté ils sont encore en très bas débit, chez eux c’est en Kilo-bits qu’ils envoient leurs photos. D’ailleurs, c’est si long qu’ils ont abandonné cette idée. La technologie utilisée ici ne subit pas les effets de la distance, en revanche elle est particulièrement lente, et inadaptée aux usages actuels.

Avec l’Internet, bas débit, haut débit, très haut débit sont des notions très relatives. C’est ainsi qu’un homme de l’art a défini la chose : « le haut débit d’aujourd’hui est le bas débit de demain ». En effet si l’on considère la progression apportée par la technologie, les performances sont quasiment doublées tous les dixhuit mois. Ainsi l’Adsl qui nous satisfait aujourd’hui ne suffira pas dans très peu de temps.

Nos usages en matière d’Internet évoluent au fil du temps. Aussi ne nous y trompons pas, ce que nous appelons du « haut débit » aujourd’hui pour de l’Adsl à 2 Méga-bits secondes, doit être relativisé. D’abord parce que ce débit annoncé par les opérateurs est théorique. Si vous regardez de près les publicités, elles vous annoncent un nombre maximum, en pratique quasiment jamais atteint. Ensuite il faut savoir que la première lettre de Adsl est l’initiale du mot Asymétrie : si les informations arrivent sur votre ordinateur à 2 Méga-bits seconde, votre photo, elle, ne sera envoyée qu’à 125 Kilo-bits seconde !

Alors, fin 2009, où en sommes-nous ? Le réseau qui nous permet d’accéder à l’Internet, est toujours celui du téléphone. Ce réseau, basé sur les besoins de l’époque : la voix et rien que la voix, a été largement intensifié en milieu rural dans les années 60, 70. Depuis, le cuivre a pris un « coup de vieux » et son remplacement se fait par de la fibre optique dont les performances sont sans commune mesure. Là où le fil de cuivre épuise ses forces à 7 kilomètres, la fibre optique, elle, est capable de porter à des dizaines de kilomètres presque sans affaiblissement.

S’il est une autre donnée importante depuis les années 60, 70, c’est bien celle de la privatisation de l’opérateur historique. Son changement de statut en a fait une entreprise et non plus un Service Public d’État. Elle définit donc ses objectifs en fonction de la rentabilité de ses investissements. Elle est entrée dans le jeu de la concurrence avec d’autres opérateurs, c’est ce que l’on appelle le dégroupage qui permet à ces autres opérateurs d’utiliser, contre paiement, certaines de ses infrastructures. Or en milieu rural (non rentable) le législateur constatant que la concurrence ne s’opérait pas, a donné la possibilité aux collectivités territoriales de devenir ellesmêmes opérateurs, ou partenaires d’opérateurs. Ainsi les Régions, les Départements, les Communes sont-ils obligés de cofinancer la restructuration de ce réseau de cuivre obsolète.

C’est ici que le choix des investissements devient crucial. Deux options sont possibles :

-soit on fait à minima et on tente d’apporter un peu plus de débit là où il en manque,

-soit on envisage l’avenir à plus long terme et on met en oeuvre (de manière progressive) une technologie pérenne. Plus personne ne conteste aujourd’hui le bien fondé de la fibre optique. Michel Mercier ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire, comme Natalie Kosciusko Morizet secrétaire d’Etat chargée de la rospective et du développement de l’économie numérique sont unanimes sur ce point de vue. De son côté l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) préconise de favoriser tout ce qui permet de poursuivre la « montée en débit » c’est à dire toute installation qui ne nécessitera pas un remplacement lors du passage à la fibre. En clair ne pas mettre d’argent public dans une technologie dépassée, et ne permettant pas la montée en débit (fibre chez l’abonné) et le dégroupage.

En résumé, et compte tenu des conditions actuelles favorables (avis ministériels, grand emprunt, pôles d’excellence ruraux entre autres), la meilleure solution serait de remplacer le cuivre par de la fibre optique depuis les centraux jusqu’aux sous répartiteurs de nos villages : ces boîtes grises que l’on trouve sur nos bords de route ou sur les trottoirs. Cette technologie apporterait une nette amélioration pour ceux qui n’ont que du très bas débit, mais aussi et surtout préparerait l’avenir pour amener la fibre jusque chez l’abonné.

C’est bien vers cette denuère solution que le Conseil Général associé à la Région devraient s’orienter.

Or la perspective du plan Régional associé au Département vise à remplacer du cuivre par du cuivre !! Les investissements lourds qui sont ici engagés, à hauteur de 2,8 millions d’Euros pour chaque collectivité, permettra une légère amélioration immédiate mais sera gravement limitante pour l’avenir. En effet le débit annoncé à 2 Méga-bits seconde maximum sera là pour des années alors que partout ailleurs on parle de 50 voire de 100 Méga-bits, dans les grandes villes certes, mais pas seulement : département de la Manche, villes de Pau, de Valenciennes entre autres. Le projet de la Drôme et de l’Ardèche associés est à ce titre exemplaire, la fibre optique sera amenée à chaque sous répartiteur, ce choix prépare l’avenir, là où notre cuivre lozérien le plombe !!

Une solution ? Un moratoire sur ce projet et sa révision pour placer la Lozère en position de force pour l’avenir de nos enfants.

Paul HONNORAT

Webs du Gévaudan.

Article paru dans la Lozère nouvelle du 29 janvier 2010

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