Lettre ouverte aux candidates et aux candidats aux élections régionales du Languedoc

15 02 2010

 

Mesdames et Messieurs les candidats aux élections régionales,
Comme vous le savez les régions joueront un rôle déterminant dans l’aménagement numérique de leur territoire . Les dernières déclarations de Michel Mercier, ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire, sont sans ambiguïté :  » Les collectivités sont des acteurs incontournables du déploiement numérique sur leur territoire. La définition du territoire
pertinent est essentielle. Il faudra que les projets concernent des territoires mixtes, des lieux très peuplés et d’autres moins, pour que s’exerce une certaine solidarité ».
 
En Lozère les « lieux très peuplés » ne peuvent être trouvés que dans un cadre régional . Ce département est donc, de très loin, celui qui aura le plus besoin de la solidarité régionale et nationale pour construire le réseau de télécommunications de fibre optique de demain (cf
rapport récent demandé à la Datar par Michel Mercier sur ce sujet) .Dans un premier temps la fibre optique ne pourra sans doute pas aller jusqu’à l’abonné comme ce sera le cas en ville où les citadins commencent à bénéficier d’offres FTTH   (Fiber To The Home) à 100 mégas au prix de l’Adsl.. Encore faut-il « préparer la route » en « poussant » la fibre au plus près de l’abonné en l’occurrence, dans chaque village, du « FTTH rural » (Fiber To The Hameau) en quelque sorte .

Cette  demande récurrente de « fibrage » de tous les sous répartiteurs (armoires de quartiers de nos villages) avait également été faite lors des élections régionales de 2004. Elle est aujourd’hui relayée par des médias nationaux comme le Monde ou France Info 

François Fillon a lancé récemment un plan fibre en zones 1 (zones denses) et zones 2 (zones moyennement denses) mais, jusqu’ici, aucune mesure
concrète
n’est prévue pour la fibre en zones rurales (zone 3)
La Lozère n’a pas vocation à rester isolée du monde ; la fibre optique, tout d’abord amenée à tous les sous répartiteurs, puis, à terme, chez les abonnés, constitue le seul support pérenne à notre désenclavement .

Lors de la démarche du SRADDT à laquelle nous avons participé, a été actée la vocation de la Lozère à devenir la « tète de pont des avant pays » de la région pour y faire émerger une « ruralité de la connaissance ». Or chacun sait qu’une économie de la connaissance est conditionnée par des infrastructures de très haut débit.

La situation actuelle de notre département est très éloignée de cet objectif . En dépit des efforts réalisés tant par la région que par le département , la Lozère est toujours un désert en très haut débit. Un chiffre à lui seul résume la situation : sur les 3000 entreprises du secteur TIC de la région pour
une population de 2, 5 millions, 15 seulement sont en Lozère pour une population de 77 000 habitants alors qu’elles devraient être, toutes choses égales par ailleurs, 8 fois plus nombreuses !

Dans notre lettre de 2004 aux candidats nous insistions déjà sur la nécessité de doter la Lozère d’«un plan numérique d’exception pour compenser les faiblesses congénitales du département en matière d’infrastructures, condition  de tout développement » Nous ajoutions « notre département ne profite pas des 3 tendances lourdes actuelles :1-désir des citadins de retour à la campagne 2-attractivité considérable de la région Languedoc Roussillon 3-entrée dans une ère de services où le traitement de l’information jouera un rôle de plus en plus déterminant »…..et nous demandions aux candidats de l’époque de « lancer  immédiatement après l’élection , une étude de faisabilité d’un maillage du territoire en fibre otique »

Depuis, le constat fait en 2004 est toujours d’actualité. Tandis que  la population du département augmentait légèrement, preuve que la Lozère a un potentiel d’attractivité, la population de la région explosait ! En moins de six ans l’augmentation de la population du  seul département de l’Hérault
(14.300 personnes/an)  « fabrique » une Lozère !

Depuis 2004 la principale avancée dans la construction du futur réseau de fibre optique a été  l’A75 numérique. La région Languedoc Roussillon (la seule ou presque des trois régions concernées ) a largement contribué à cette opération. Lorsque, plus tard (août 2009 ?) elle a été sollicitée par le
département pour la couverture des zones d’ombre elle a répondu « présente » et intégré la Lozère dans le PPP régional signé avec France Télécom. C’est certes « mieux que rien » comme cela a pu être dit mais c’est nettement insuffisant pour donner à la Lozère la « visibilité » numérique » nécessaire à son développement.

Le plan, tel qu’il est prévu à date, ne s’inscrit pas , à notre connaissance, dans une démarche de montée en débit vers le très haut débit
 Il se contente, pour l’essentiel, de prolonger l’Adsl sur le réseau cuivre actuel, ce qui exclut des offres « triple play » qui deviendront rapidement le minimum acceptable. On le constate déjà dans la région Auvergne  où un plan similaire, lancé il y a trois ans, montre aujourd’hui ses limites et où une deuxième phase de montée en dépit par fibrage des sous répartiteurs est envisagée

Notre département a besoin d’une réorientation de ce plan vers la construction progressive d’un  réseau de fibre optique qui permettrait, tout en prenant en compte les besoins en triple play(internet+téléphone+télévision) d’une majorité de lozériens, de préparer le très haut débit pour tous à terme. Les solutions techniques, recensées par l’Arcep, existent !

Les Lozériens ne veulent pas que, avec la généralisation de la fibre optique en France, la  « fracture numérique » actuelle ne se transforme en  » gouffre numérique »  . Ils ne veulent  pas être  les « oubliés du trés haut débit »
 La Lozère a d’autant plus besoin d’un véritable plan Orsec
qu’elle souhaite devenir exemplaire en développement durable 
qui, comme vous le savez, est de plus en plus lié au très haut débit (1)

La chance de la Lozère est de faire partie d’une région en expansion. La chance de la région, est de disposer d’un « poumon vert » qui peut avoir comme ambition légitime de devenir un territoire symbole de la ruralité moderne faite du « mariage » du terroir et de l’Internet et, ce faisant,
contribuer à valoriser l’image de tout le Languedoc Roussillon !.

Nous vous remercions de l’attention que vous voudrez bien porter aux demandes de notre petite association, demandes en totale adéquation avec celles de grandes associations comme l’ARF dont la région Languedoc Roussillon fait partie et L’AVICCA qui avaient lancé au 1er semestre 2009 un appel commun en faveur du déploiement du très haut débit
 
Auxillac le 15 février 2010

Pierre Ygrié 
Président de l’association Webs du Gévaudan
 
 
(1) Economie et Ecologie seront de plus en plus imbriqués. Il est temps de mettre l’accent sur le numérique, une dimension encore trop méconnue de la démarche de développement durable. En REDUISANT drastiquement
LES DEPLACEMENTS le très haut débit est à nos yeux un facteur essentiel de développement durable dans tous les domaines : économie ( réunions à distance, voyages d’affaires virtuels, travail collaboratif à distance
etc), éducation ( classes virtuelles, espaces numériques de travail , suivi individuel de cours à distance etc), santé :(assistance aux populations fragilisées générant de plus en plus des activités telles que:télésurveillance
médicale, téléconsultation -consultation, diagnostic et suivi du patient à distance, télé expertise, téléassistance à domicile), administration (mise en relation à distance entre usagers et prestataires de services publics
(Anpe,Caf,Assedic… ) par visio guichet etc….Encore faut-il que la « tuyauterie » de transport des informations soit adaptée et que nous ayons tous du très haut débit ! Les besoins en « bande passante » vont augmenter
considérablement dans les années à venir . Il nous faudra du vrai TRES HAUT DEBIT par fibre optique ,au moins jusque dans chaque village et dans un maximum de points hauts pour l’Internet mobile car les deux sont
liés, la fibre optique , base du réseau fixe,  étant également le support de tout réseau mobile performant. 





Lozère: Un désert numérique malgré des promesses d’ « oasis » !

10 01 2010

Le lendemain du lancement des premières assises numériques le 31 mai 2009 Libération titrait: «En Lozère, le désert français en quête d’oasis numérique».

Plus d’un an plus tard la page Trois du Monde consacrée à notre département faisait le même constat en titrant « Le débit du Web reste tari en Lozère».

Lors de la seconde édition des assises du numérique le 1er octobre 2009 nous appelions de nos vœux une vraie réflexion sur le numérique et la ruralité.

Pour « enfoncer le clou » de ce que nous disions une semaine avant lors du salon Odébit.

Lors des assises des territoires ruraux nous demandions un plan Orsec pour la Lozère.

En ce début d’année 2010 Caroline Caldier, journaliste à France Info, invitée par les Webs du Gévaudan, met les choses à plat dans un excellent reportage en ligne.

Je vous invite à le découvrir et, si vous le voulez bien, à nous aider, par vos commentaires, à défendre la cause du département symbole de la ruralité et, plus globalement, celle de tous les territoires ruraux qui ne peuvent se contenter de « sentences » de type « le mieux est l’ennemi du bien»

Plusieurs amis des Webs du Gévaudan ont déjà commenté ce reportage sur leur site. On peut ainsi citer, entre autres Zevillage, le site du télétravail et Michel Lebon mais pour avoir un « panorama complet » il suffit de taper « France info Lozère fracture numérique » sur google !

Les « 2 mégas » promis en 2011 dans nos (nombreuses) zones d’ombre lozériennes alors que plus  de  85% des Français ont dés aujourd’hui plus de 2 mégas et que les Finlandais prévoient du 100 mégas pour tous en 2015 ne peuvent que nous conforter dans notre conviction que « si le mieux est l’ennemi du bien » le (presque) caduc qu’on nous propose pour les zones blanches (la majorité du territoire lozérien !) est assurément l’ennemi du futur !

Merci d’avance de votre contribution pour aider la Lozère à irriguer la totalité de son « désert numérique » et pas seulement les privilégiés qui pourront profiter de la proximité de la fibre optique.

Si les Lozériens ne font pas entendre leur voix au plus haut niveau ce n’est pas de « fracture numérique » que nous parlerons demain mais de « gouffre numérique »dans un département privilégie et totalement disponible, suprême paradoxe, pour l’économie de la connaissance car (encore une évidence !) on réfléchit mieux à la campagne 😉

La Lozère se veut exemplaire en développement durable. Elle en a tous les atouts… sauf le numérique !

Qui  dit « développement durable » dit « invention du changement » . Or quelle est la « matière première » de cette necessaire invention si ce n’est une information fluide et abondante que seules peuvent nous procurer des infrastructures de trés haut débit sur l’ensemble du territoire lozérien… et aveyronnais ! (cf l’interview du maire de Millau dans le reportage de France Info)

Pierre Ygrié, le 10 janvier 2010





Les oubliés du très haut débit… en 2015 !

8 02 2009

Le gouvernement a présenté récemment un plan en faveur du développement du très haut débit à partir de fibre optique.

Il était temps car, dans ce domaine, la France accuse un retard important sur les pays scandinaves , la Suède, le Danemark et la Norvège regroupant à eux trois 96 % des abonnés en fibre optique en Europe !

Cela étant, selon des prévisions de cabinets spécialisés, 27% des internautes européens surferont via la fibre optique en 2015 Parmi ces internautes, combien de Français et surtout, pour ce qui nous concerne, combien de ruraux ?

L’absence de mesures en leur faveur dans le plan gouvernemental risque de transformer la fracture numérique actuelle (bas débit/haut débit) dont certains sont encore victimes , particulièrement en Lozère , en gouffre numérique (haut débit/très haut débit) et ce n’est pas la seule fibre optique de l’A75, par ailleurs bienvenue, qui règlera le problème de l’attractivité numérique de notre département.

Ces mesures, nous objectera-t-on, sont de la compétence, décentralisation oblige, des collectivités territoriales ; il est vrai que c’est aux collectivités de base de prendre leur destin en main et d’impulser une « dynamique numérique » ; mais ont-elles les moyens ,pour celles du moins aujourd’hui « hors concurrence », de financer des projets de très haut débit ?

Le « carburant » nécessaire pour aider les collectivités les plus volontaristes,ne peut venir,à mon avis, que d’un fond de péréquation dont je regrette qu’il ne fasse pas partie des mesures gouvernementales. Et pourtant, dans une logique de solidarité nationale et « républicaine », des mesures simples telles que le prélèvement de quelques euros sur chaque abonnement haut débit , permettrait d’alimenter un tel fonds.

En l’absence de telles mesures les discours ministériels sur l’aménagement du territoire, l’importance de la ruralité et, aujourd’hui, le développement durable, manquent singulièrement de crédibilité.

Le très haut débit est à l’évidence un élément important d’attractivité des territoires tant pour les entreprises que pour les particuliers de plus en plus demandeurs de bande passante pour faciliter les usages actuels et accéder à des usages nouveaux.

Or, quels sont aujourd’hui les territoires qui ont le plus besoin d’attractivité ? les grandes agglomérations ou les campagnes ? Dans une logique d’aménagement du territoire et de développement durable, la réponse est claire Les territoires « hors concurrence » comme la Lozère peuvent -ils accepter l’absence de très haut débit à terme ?

Si nous souhaitons faire de notre département un territoire exemplaire en développement durable(cf article ci-dessous) la question mérite à tout le moins, d’être posée.